Covid-19, ou l’occasion de réinventer notre rapport à la confiance

La coresponsabilité au cœur des enjeux

Il est d’usage de dire que le monde post Covid-19 ne sera plus le monde que nous avons connu jusque-là, qu’il y a un « avant » et un « après ». Mais qu’en sera-t-il de l’évolution de notre rapport à la confiance (confiance en soi, dans les autres, dans les institutions, dans l’avenir…) du fait de cette crise ?
Pour nourrir cette analyse, nous proposons de passer en revue l’un des sept « habitus » (1) constitutifs d’une culture ou de pratiques de confiance, tels que décrits dans le modèle de l’Arbre de Confiance (2).

La notion de coresponsabilité constitue l’un des ingrédients-clés d’une culture et de pratiques de confiance. Elle nous engage à mesurer et à assumer notre part de responsabilité face à une situation qui implique d’autres acteurs qui ont eux-mêmes leur part de responsabilité (dans un contexte de prise de décision collective, de gestion de crise, de retour d’expérience…). Elle vise à se situer, sur un curseur théorique, à équidistance entre la « déresponsabilisation » (personne ne sait qui est responsable de quoi) et l’autre extrémité la « responsabilité individuelle » (avec la tentation de recherche du « fautif », du « coupable »).

Dans le cadre du Covid, il est intéressant de noter que la situation que nous vivons révèle de formidables élans de coresponsabilité à tous les niveaux. Que d’exemples de citoyens ayant fait preuve d’entraide pour aider leurs voisins âgés ou fragiles à mieux vivre le confinement, de commerçants ayant décidé de soutenir le moral des soignants en leur apportant des victuailles…

Le Covid agit donc comme un puissant « révélateur d’esprit de coresponsabilité », dans des sociétés comme les nôtres qui ont pourtant été imprégnées depuis des décennies d’individualisme forcené, favorisant la recherche de performance individuelle davantage que collective. Une telle culture individualiste a été encouragée par notre système scolaire, à tous les âges et plus particulièrement au sein de nos grandes écoles. Ce constat vaut pour la majorité des pays occidentaux (l’OCDE le confirme régulièrement) mais est particulièrement vrai pour la France.

Ce qui est préoccupant, c’est que cet esprit de coresponsabilité qui s’exprime formidablement chez les citoyens semble plus compliqué en ce qui concerne les institutions publiques et les relations internationales. À ce niveau, la recherche du « fautif » et du « chacun pour soi » continue de s’exprimer. Ainsi, alors même que la crise est loin d’être achevée, lorsque plusieurs États, dont la France, accusent la Chine d’être à l’origine de la propagation du virus du fait d’un laboratoire de virologie mal sécurisé à Wuhan… Cette recherche de responsabilité est-elle de mise aujourd’hui ? Ne peut-elle attendre que la situation soit définitivement stabilisée, pour favoriser un débat apaisé et constructif entre nations permettant de prévenir des événements futurs ?

À une époque où le développement durable – et sa déclinaison au sein des entreprises qu’est la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) – s’avère d’une urgence chaque jour plus grande, renforcer une culture et des pratiques de coresponsabilité constitue un impératif. Il ne saurait y avoir de développement durable… durable sans culture de coresponsabilité profondément renforcée.

Aussi dans une telle perspective, comment propager au sein des institutions publiques, des entreprises, des écoles, de la société dans son ensemble, la culture et les « bonnes pratiques » de coresponsabilité exprimées très concrètement à l’occasion de cette crise du Covid par de nombreux citoyens ?

1.Le mot habitus a des origines bibliques, mais il a été popularisé par le sociologue Pierre Bourdieu pour signifier « des pratiques et comportements qui trouvent leur origine dans un héritage socio-culturel ou dans des croyances ».

2.L’Arbre de Confiance émane des trois ans de R&D menés par les cent contributeurs du think tank Institut Confiances et est diffusé par TrustInside : www.trustinside.fr1

Pierre Winicki

Consultant en management public, créateur en 2012 de l’Institut Confiances